Il y en a pour tous les goûts : du préhistorique, du gaulois, du grec, du romain, du gallo-romain, du franc, de l’anglo-saxon, du viking et du slave ! De quoi voyager dans les temps anciens et se ressourcer
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Le 14 juin 2023, à Nördlingen (Allemagne) : une épée de l’âge du bronze a été découverte lors de fouilles dans le Donau-Ries (en Bavière). L’épée découverte par les archéologues est particulièrement bien conservée – elle brille telle Excalibur ! -.
Parenthèse ouverte : Nördlingen est connue pour être une ville d’Histoire et de patrimoine, elle est fondée sous l’Empire romain en 90 av. notre ère et son nom actuel provient de celui que lui ont donné les Alamans, qui la conquirent vers 259-260 (« Nordilinga » est mentionnée pour la première fois dans un document carolingien de 898). Cette ville de Bavière possède une particularité étonnante, celle d’être bâtie sur l’emplacement d’un immense cratère formé par l’impact d’une météorite large d’un kilomètre, il y a 15 millions d’années ! Parenthèse fermée
L’épée a été trouvée dans un contexte funéraire, une sépulture. L’arme reposait le long du corps d’un défunt. Pas moins de trois personnes ont été enterrées successivement dans cette même tombe, parmi lesquels un homme, une femme et un adolescent de sexe inconnu. Pour le moment, les archéologues ignorent si les individus avaient un lien de parenté. Des pointes de flèches ont également été retrouvées.
L’épée est datée provisoirement de la fin du XIVe siècle av. notre ère, c’est-à-dire l’âge du bronze moyen. On rappelle que les découvertes d’épées de cette période sont rares et proviennent habituellement, soit de tumuli (ouverts au XIXe siècle et donc sans possibilité d’étudier le contexte archéologique), soit dans le cadre d’un dépôt cultuel (« sacrifice » ou « offrande de l’objet, donc pas trop moyen de contextualiser également).
Cette épée entièrement en bronze possède une garde elle-aussi en bronze avec un pommeau en forme d’octogone (il s’agit d’une typologie déjà inventoriée). La production d’épées octogonales est complexe car le manche est coulé sur la lame (coulée dite par superposition). La décoration est réalisée avec une incrustation et à l’aide de poinçons. Malgré l’absence de traces d’utilisation (coups portés avec l’épée), la qualité de la fabrication laisse supposer qu’il s’agissait d’une véritable arme.
L’épée a t-elle été fabriquée localement, en Bavière ? Les études archéologiques ont démontré depuis de nombreuses années qu’il existaient deux principales zones de distribution distinctes pour les épées octogonales : d’une part le sud de l’Allemagne et d’autre part le nord de l’Allemagne et le Danemark. Une comparaison des techniques de moulage et de la décoration montre que certaines des épées octogonales du nord sont apparemment des répliques de formes du sud de l’Allemagne, tandis que d’autres pièces pourraient être de véritables importations ou encore le produit d ‘« artisans itinérants ». L’épée était avant tout un marqueur de prestige social et celui qui pouvait les fabriquer (ou plusieurs individus), devait également bénéficier d’un statut particulier.
Et on en profite pour rappeler l’autre découverte exceptionnelle, en 2021, d’une épée également très bien conservée de la même période même si un peu plus récente (1100 av. notre ère), au Danemark, sur l’île de Fionie. Voir photo
Cette épée danoise en bronze appelée « épée de Håre » (1,3 kg, longue de 80 cm) était une offrande votive, déposée dans une petite fosse au sein d’un ensemble domestique. La découverte était également exceptionnelle, du fait de la conservation de sa poignée, composée d’éléments en bois, en ivoire et en bois de cervidé et du tissu dans lequel elle était enveloppée.
En conclusion, cette nouvelle trouvaille dans un contexte funéraire va très probablement mettre à jour nos connaissances sur cette période. Qui sait, peut-être que certaines femmes de l’âge du bronze étaient enterrées avec des épées pour marquer leur statut social exceptionnel, comme durant l’âge viking (tombe « Bj 581 » dite de la « guerrière de Birka ») !
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L’archéologie a récemment révélé, à nouveau en Pologne, plusieurs centaines de tombes interprétées comme étant celles de « vampires ».
Le mot vampire (wampir en polonais) aurait pour origine la racine slave « upir » signifiant « créature buveuse de sang ». Dans le folklore, ce sont des figures pâles hantant sous l’astre lunaire des chemins ténébreux, ce sont des créatures assoiffées de sang qui d’ordinaire se cachent dans des cryptes et qui émergent au crépuscule, pour s’attaquer à de pauvres âmes… Là s’arrête le folklore littéraire, place à l’archéologie !
Dans le village de Luzino (nord-est de la Pologne, près de Gdansk), des ouvriers ont mis à jour (lors de travaux d’agrandissement d’une voie près d’une église) les vestiges d’un cimetière datant du 19e siècle. L’équipe d’archéologues dirigée par Maciej Stromski, qui s’est dépêchée sur place, a découvert 450 restes humains, interprétés comme étant ceux de « vampires ».
Pourquoi « vampires » ? Parce que chaque cadavre avait été décapité, avec le crâne placé entre les jambes, et avec une pièce de monnaie (dont l’une datait de 1846) introduite dans la bouche (la monnaie étant interprétée comme une offrande pour voyager vers l’au-delà). Ces pratiques funéraires auraient été utilisées comme des mesures de « prévention », afin d’empêcher les morts de revenir dans le monde des vivants et de les terroriser.
L’archéologue Maciej Stromski a indiqué que ces pratiques « anti-vampires » étaient largement utilisées à cette époque en Cachoubie (nord-est de la Pologne). Pour faire vite, les Cachoubes constituent un sous-groupe ethno-linguistique au sein du groupe des Slaves de l’Ouest, leur zone d’implantation géographique est située en Poméranie, dans le nord de la Pologne, leur existence est attestée dans l’historiographie dès le 13e siècle et une partie du folklore et de la culture cachoubes demeurent encore vivante de nos jours.
Revenons à nos « vampires », le docteur Stromski a également précisé que les décapitations post mortem sont rares, ainsi, cette trouvaille archéologique de plusieurs centaines de spécimens apparaît tout à fait exceptionnelle. Pour l’archéologue polonais, il existerait une explication à cette profusion : les membres de la famille d’un « vampire » mort qui décédaient peu de temps après les funérailles dudit « vampire », pouvaient également être des vampires, d’où tous ces cadavres « traités » contre la malédiction vampirique.
Et toujours selon le Dr Stromski, environ 30% des squelettes découverts sur ce site « ont des briques placées à côté des jambes, des bras et de la tête », une autre méthode pour se protéger des morts-vivants. Car selon le folklore de plusieurs régions de Pologne, les briques détenaient un pouvoir mystérieux contre les vampires. D’une composition spécifique, elles faisaient l’objet d’une sorte d’enchantement magique, et elles pouvaient ainsi servir de barrières spirituelles, confinant les vampires (morts-vivants) à leurs lieux de repos et les empêchant de revenir semer le chaos dans le royaume des vivants.
D’autre part, ce n’est pas la première fois que des « vampires » sont découverts en Pologne : en 2022, à Pień (non loin de Bydgoszcz, dans le centre de la Pologne) a été trouvée une tombe comprenant les restes d’une femme « vampire » clouée au sol avec une faucille sur la gorge et un cadenas attaché au gros orteil de son pied gauche, tout ça dans le but de l’entraver. Voir photo
En 2014, six tombes reprenant cet étrange rituel avaient également été mises à jour dans un cimetière du haut moyen-âge à Drawsko, à environ 200 kilomètres de Pień. Marek Polcyn, de l’Université Lakehead au Canada, et Elzbieta Gajda, du musée Czarnkowskiej en Pologne, les avaient exhumées parmi 250 autres sépultures, et leur avaient consacré une étude dans le magazine spécialisé Antiquity. Avant ces six tombes, que les archéologues préfèrent relier à des « démons » – qui pullulaient dans les croyances d’Europe centrale au moyen âge – plutôt qu’à des vampires, d’autres avaient été exhumées dans des cimetières de Pologne, dont les plus anciens remontent jusqu’au 6e siècle. En Slovaquie, en Hongrie, en Autriche, en Roumanie, en Allemagne, de nombreux rituels funéraires « anti-démons » ont également été observés dans des tombes.
Par ailleurs, selon Claude Lecouteux (médiéviste et spécialiste des mythes et croyances populaires), lors d’une interview en 2016 (pour Sciences et Avenir), la faucille, présente dans beaucoup de ces tombes, avait un double usage. Les Slaves croyaient en effet que des objets en fer durs et pointus, destinés à « sabrer » ou à « poignarder », détenaient des vertus « apotropaïques », c’est-à-dire destinées à détourner le danger.
Concernant les plus vieilles tombes de vampires, celles du haut moyen-âge, Christopher Caes, professeur de polonais à l’Université de Columbia et spécialiste des « vampires slaves », possède une théorie.
Pour lui, certaines des premières croyances entourant les vampires seraient apparues suite à la conversion des peuples slaves au christianisme, entre le 7e et le 9e siècle. Avant le christianisme, les Slaves incinéraient principalement leurs morts, croyant que l’âme d’une personne ne serait libérée qu’avec la combustion de son corps. Lorsque les missionnaires les ont convertis, la nouvelle pratique d’enterrer les morts en aurait horrifié certains. Ils auraient eu peur que les âmes de leurs proches ne soient pas libérées. Les trouvailles archéologiques nous montrent en effet une explosion d’inhumations aux 7e et 8e siècles dans lesquelles une pierre est placée sur les corps pour maintenir les morts. On y constate également d’autres pratiques telles que mettre des objets dans des tombes afin d’apaiser les morts. Dans un sens, pour le professeur Caes, les premières pratiques « anti-vampires » auraient été une sorte d’accident, une conséquence imprévue dans la révolution culturelle (et cultuelle) imposée aux Slaves païens.
D’autre part, visant l’interprétation des pratiques plus récentes de « dévampirisation », celles notamment sur ces centaines de cadavres datant du 19e, le « vampire » correspondrait à une personne atteinte de turberculose. Les symptômes de la tuberculose, tels que la peau pâle, des crachats de sang et une apparence émaciée, ressemblaient aux attributs des vampires dans le folklore. Les personnes décédées par tuberculose auraient été souvent considérées comme étant mortes de la « malédiction du vampire ».
Enfin, à propos des tombes de Drawsko (avec faucilles), une autre hypothèse avait été émise : les personnes étiquetées comme « vampires » auraient pu être les premières victimes des épidémies de choléra. Lesley Gregoricka, première auteure d’une étude parue en 2014 dans Plos One, écrivait : « Les gens de la période post-médiévale ne comprenaient pas comment les maladies se propageaient, et non éclairés par une explication scientifique au sujet de ces épidémies, le choléra et les décès qui en résultaient étaient expliqués par le surnaturel – dans ce cas, les vampires. »
Ainsi, toutes ces découvertes archéologiques, si elles ne confirment bien évidemment pas l’existence des vampires, confirment par contre celle d’une peur viscérale des morts et de leur retour parmi les vivants…
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Quelques petits détails de contexte : selon la Knýtlinga saga et la Fagrskinna, Jomsborg est fondée par le roi dane converti au christianisme, Harald dit « à la dent bleue », ville dans laquelle il serait mort en 985.
La ville aurait été donnée selon la Jómsvíkinga saga par le chef wende (slave) Burislav (nom correspondant à Boleslas 1er, roi de Pologne et du coup, selon les historiens, il s’agirait plutôt de son père, Mieszko 1er). Les Jomsvikings, les guerriers de Jomsborg, auraient été un mélange de Slaves et de Scandinaves.
Depuis des décennies, il a été largement admis par les historiens que Jomsborg se trouvait à l’emplacement actuel de la ville de Wolin (Pologne). Il s’agissait d’un comptoir, d’une place de marché majeure et cosmopolite de la Baltique où se côtoyaient païens et chrétiens, Slaves, Scandinaves, Francs, etc.
Mais l’archéologue Wojciech Filipowiak a donc élaboré une nouvelle théorie concernant l’emplacement exact de Jomsborg, pour lui ce n’est pas Wolin mais un site tout proche. Lisez l’interview pour tout savoir
Et si les Jomsvikings et leur célèbre forteresse Jomsborg vous passionnent, lisez notre roman La Flamme rouge de Cécile Lozen, la thématique y est largement abordée, un voyage dans le temps garanti sur les terres baltiques à l’époque des « vikings » et des Jomsvikings !
ENTRETIEN. Un archéologue polonais, Wojciech Filipowiak, pense avoir découvert près de Wolin, au bord de la Baltique, la mythique ville viking de Jomsborg. Par Baudouin Eschapasse
Ce pourrait être le scénario d’un épisode d’Indiana Jones. Depuis près de cinq cents ans, les archéologues recherchent la cité viking de Jomsborg. Cette localité, évoquée dans la mythique saga islandaise vantant les exploits des peuples nordiques, des chercheurs nazis l’ont traquée pendant des années à Wolin, au bord de la Baltique, une ville où est mort le redouté roi Harald Gormsson (910-985), surnommé « Harald à la dent bleue ». En vain. Wojciech Filipowiak, un archéologue polonais de 37 ans, semble l’avoir finalement retrouvée non loin de cette station balnéaire. Il s’en explique au Point.
– Le Point : Vous fouillez depuis 2021 la petite île de Wolin, dans le nord de la Pologne, qu’y avez-vous trouvé ?
Wojciech Filipowiak : J’ai en effet conduit, en 2021, avec le soutien de la ville et du musée d’archéologie de Wolin, une campagne de fouilles archéologiques préventives sur un site qui doit être prochainement construit. Ces fouilles ont révélé diverses sépultures et les traces calcinées de structures en bois que je pense être les traces d’un rempart incendié datant du Xe siècle. Les éléments organiques exhumés sont très détériorés du fait de l’environnement sablonneux du lieu qui se prête peu à leur conservation. Mais l’analyse au carbone 14 de ces découvertes est en cours et doit permettre une datation plus fine des ossements relevés comme des structures que je viens d’évoquer.
– La zone que vous explorez a un nom particulier, « la colline des pendus ». Pourquoi ?
La butte en question abrite un cimetière depuis le VIIIe siècle. Au Moyen Âge, c’est ici qu’ont été conduites les exécutions publiques jusqu’au XVIIe siècle.
– Pourquoi pensez-vous que les traces de fortin que vous avez identifiées coïncident avec la légendaire forteresse de Jomsborg ?
Parce que cet ancien rempart atteste la présence sur place d’une ville fortifiée, dotée d’un comptoir commercial, comme le montre la présence d’un embarcadère en bois témoignant de la présence d’un port sur place. Mes conclusions ne se fondent pas sur ces seuls éléments épars. La ville de Wolin et ses environs sont fouillés par les archéologues depuis 1828. Je fais, moi-même, des fouilles sur place depuis onze ans et d’importantes excavations ont été conduites par l’Institut d’archéologie et d’ethnologie polonais dans les années 1950, notamment par mon grand-père qui était lui-même archéologue. C’est sur l’ensemble de la documentation accumulée par la communauté scientifique, à la faveur de ces diverses fouilles, que je me fonde pour affirmer qu’il y a une chance pour que Jomsborg n’ait pas été fondée à Wolin comme les historiens le croyaient jusque-là, mais à côté. J’ai publié mes conclusions lors d’un colloque en fin d’année dernière. Mes homologues semblent prendre mon travail au sérieux.
– Que signifie le nom de la ville, Jomsborg ?
Le suffixe « borg » désigne dans tous les pays scandinaves les cités fortifiées. Le terme « jom » pourrait faire référence à la colline, ou plutôt aux deux collines, du lieu.
– Pourquoi entend-on parfois dire que Jomsborg est la New York viking ?
Parce que c’est une image forte. Les Vikings ont créé en Grande-Bretagne, au IXe siècle, la ville de Jorvik qui est aujourd’hui connue sous le nom de York. Jomsborg était un important bastion avancé de ce peuple nordique, en Europe continentale, au Xe siècle. Ce comptoir commercial, établi par les Scandinaves, était une place d’échange de fourrures, de viande, de sel, d’ambre, mais aussi d’esclaves capturés à l’intérieur des terres. La population de Jomsborg était importante pour l’époque puisque la localité comptait autour de 6 000 habitants. Elle était aussi cosmopolite : en dehors des Vikings, des Slaves, vivaient aussi sur place des Russes et des Saxons.
– Les Allemands ont fouillé la région dans les années 1930. Ils cherchaient des traces pouvant soutenir l’idéologie nazie qui prétendait que l’origine du peuple aryen était scandinave. Mais leurs attentes semblent avoir été déçues… Pourquoi ?
Les fouilles allemandes se sont concentrées sur le centre-ville de Wolin et une autre colline de l’île. Or Wolin a été fondée par des Slaves au VIIIe siècle, deux siècles avant la création de Jomsborg. Les artefacts retrouvés par les Allemands ne correspondaient pas à leurs attentes. Les poteries vikings sont moins raffinées que la céramique slave à cette époque.
– Pourquoi Jomsborg est-elle mythique ?
Elle est évoquée dans la légendaire saga islandaise qui a édifié la légende de la tribu des Jomsviking au XIIe siècle. De nombreux textes l’évoquent sous des appellations diverses. Y compris en langue arabe ! Le prestige de cette forteresse a rejailli sur la ville voisine de Wolin qui a été connue, par la suite, sous le nom de Jumneta ou Vineta et qui a parfois été désignée sous le vocable étonnant d’Atlantide de la Baltique…
– Pourquoi ? Parce que cette ville a mystérieusement disparu des cartes ?
La ville n’a jamais disparu. La Wolin moderne a été édifiée sur l’ancienne Vineta. Mais son déclin a été rapide. Surtout après les raids des chefs vikings Valdemar (1131-1182) et Absalon (1128-1201). Seule a disparu la forteresse de Jomsborg qui la protégeait comme Hochburh défendait Hedeby au Danemark ou Borgen protégeait Birka en Suède.
– L’été dernier, un auteur américano-polonais, Marek Kryda, expliquait avoir identifié grâce à des images satellites l’emplacement de la tombe du chef viking Harald à la dent bleue. Selon lui, cette sépulture serait située dans le village de Wiejkowo, non loin de Wolin. Qu’en pensez-vous ?
Aucune sépulture n’a été retrouvée à ce stade. Nous nous trouvons en présence d’une simple hypothèse. Rien de plus. Les sources nous indiquent qu’Harald est bien mort sur place. Mais la chronique explique que son corps a été rapatrié au Danemark. Jusqu’à preuve du contraire, c’est l’unique chose que l’on sache.
– Jomsborg était-elle la capitale d’Harald ?
Non. Et pour une raison simple, on ne peut pas prouver que c’est lui qui l’a fondée. Et il est inopérant de parler de capitale pour un peuple qui n’avait pas vraiment de ville-centre.
– Votre découverte suscite un intérêt énorme partout dans le monde. Qu’est-ce qui, selon vous, explique l’excitation autour de vos travaux ?
Le monde viking passionne les foules depuis longtemps. Ce peuple de conquérants titille l’imagination. De nombreuses œuvres, livres, films et séries ont réactivé le mythe ces dernières années… J’espère que cet engouement ne faiblira pas. Nous avons de grandes ambitions pour Wolin. Nous aimerions lancer, l’an prochain, une nouvelle campagne de fouilles. Nous aimerions pouvoir explorer le centre-ville et continuer les excavations sur le site de « la colline des pendus. » Nous envisageons de le faire avec l’Institut d’archéologie et d’ethnologie polonaise où je travaille, sous l’égide de l’Academie des sciences. Notre projet est soutenu par Karolina Kokora, directrice du musée régional de Wolin, mais aussi par la maire de la ville, Ewa Grzybowska. J’aimerais ajouter que nous sommes très reconnaissants que l’ambassadeur du Danemark en Pologne, Ole Toft, soutienne notre projet. Nous nous réjouissons aussi de l’appui de l’université danoise Aarhus et particulièrement du professeur Søren Sindbaek.
D’origine « viking », deux fois reine d’Angleterre, présente notamment dans la série #vikingsvalhalla de #Netflix (voir photo qui n’est pas histo du tout ! )
Emma de Normandie (née vers 980/990 – morte le 6 ou 7 mars 1052), descendante du fameux Rollon (« Viking » fondateur de la Normandie, voir un de nos focus précédents), est connue pour être devenue reine d’Angleterre. Elle a été mariée d’abord au roi d’Angleterre, l’Anglo-saxon Æthelred II dit « le Malavisé », puis au Dane (Danois) Knut « le Grand » (1017-1035, petit-fils du célèbre Harald « à la dent bleue »), à la fois roi d’Angleterre à la mort d’Æthelred II et également roi du Danemark.
Emma est la fille du duc de Normandie, Richard Ier, dit « sans peur » et de son épouse « more danico » (« à la manière danoise » en latin, signifiant « concubine officielle » pour faire simple) Gunnor.
La reine Emma est présente dans la série TV Vikings-Valhalla mais comme beaucoup d’éléments dedans (voir un de nos précédents focus), la version donnée par Netflix ne colle pas à la réalité historique.
Dans Vikings-Valhalla, Emma de Normandie est présentée comme la reine d’Angleterre par son mariage avec le roi Æthelred, cela est vrai.
Toujours dans la série, lors de l’invasion victorieuse des « Vikings » danes (danois) en terres anglo-saxonnes, Æthelred II est mort et Emma reste seule en Angleterre sur le trône, avec le jeune Edmund qui tente de défendre son trône. Cela est faux.
Car, selon les sources historiques disponibles pour la période (Chronique anglo-saxonne, contemporaine de l’époque), quand Sweyn (roi du Danemark et de Norvège, le père de Knut), conquérant, arrive en 1013 au « palais royal » anglais, Æthelred II (qui est bien vivant !), Emma, et leurs enfants, ont déjà fui : ils sont partis en Normandie pour se réfugier.
Pour l’anecdote, avant d’arriver à Lundenwic (Londres), le roi dane Sweyn, en pleine conquête des terres anglo-saxonnes, reçoit la fidélité-soumission d’un certain Uhtred de Northumbrie (et oui le vrai Uhtred qui a inspiré l’autre grande série sur les « Vikings », The Last Kingdom). Cela aurait été intéressant de le mettre en scène dans Valhalla !
De plus, contrairement à la série, les Danes ne prennent pas Londres à l’issue d’une bataille épique, c’est en réalité la seule ville à résister, sans livrer de combat, au siège des « Vikings » ! Et pour l’histoire du pont et de la tactique employée par le personnage de « Leif » dans Vikings-Valhalla, c’est également une invention car ce sont les Londoniens eux-mêmes qui ont saboté les ponts menant à Londres, afin de se protéger des Vikings/Danes… Cela aurait d’ailleurs inspiré la comptine populaire anglaise : London bridge is falling down.
Toutefois, Londres, isolée, capitule devant le roi dane Sweyn et celui-ci est proclamé roi d’Angleterre par les Anglo-saxons eux-mêmes.
Mais Sweyn, le nouveau roi « viking » d’Angleterre, meurt le 3 février 1014, soit après 5 semaines de règne ! Là encore on est loin de la série qui laisse cohabiter Sweyn et son fils Knut pour régner sur le trône anglais, durant deux saisons entières. Notre Emma, durant cette période, est toujours réfugiée en Normandie avec ses enfants. Contrairement à la série, elle ne rencontre donc ni Sweyn, ni Knut.
A la mort du roi roi danois Sweyn, Æthelred revient de sa cachette en Normandie et en profite pour reprendre son trône anglais, un fait historique inexistant dans la série puisque, comme on l’a déjà vu, les scénaristes l’ont fait mourir dès le début.
Quant à Knut, le fils de Sweyn, qui avait participé à la conquête de l’Angleterre avec son père, il décide de rentrer au Danemark, afin de préparer une nouvelle offensive. Il envahit à nouveau l’Angleterre en septembre 1015 et là, Æthelred meurt, quelques mois après, le 23 avril 1016. Son fils Edmund (Côte-de-Fer) lui succède.
Knut bataille durant de longs mois contre Edmund.
Mais la victoire écrasante d’Assandun contre Edmund, en octobre 1016, permet à Knut de négocier le trône. Lors d’une rencontre, Knut et Edmund s’accordent sur un partage du royaume. Mais Edmund meurt le 30 novembre 1016, Knut est alors reconnu comme seul roi de toute l’Angleterre.
Qu’en est-il de notre Emma dans tout ça ? Et bien, dans l’Encomium Emmae Reginae (Éloge de la reine Emma, texte commandité par Emma elle-même, daté de 1041), elle dit se trouver en Normandie quand Knut est proclamé roi d’Angleterre. Et elle aurait choisi sans contrainte d’accepter la proposition de mariage du nouveau souverain « viking » d’Angleterre. Les enfants d’Emma et d’Æthelred restent en exil en Normandie. Encore une fois, la série nous montre le contraire.
Pour finir (la vie de la reine Emma est fascinante, on fera d’autres focus), Emma règne aux côtés de Knut sur l’Angleterre pendant 18 ans.
Elle a longtemps été oubliée en France. Or c’est grâce à elle que son petit-neveu, Guillaume le Conquérant, a pu affirmer ses prétentions à la couronne anglaise en 1066.
Et si vous voulez découvrir les débuts d’Emma de Normandie lorsqu’elle arrive, toute jeune, à la cour du roi anglais Æthelred, afin de l’épouser, c’est à dire en 1002, juste avant le sombre massacre de la saint-Brice (où des milliers de Danes installés en Angleterre ont été exécutés par Æthelred), alors lisez La Flamme rouge de Cécile Lozen, un roman passionnant, une fresque à la fois grandiose et intimiste, qui décrit les premiers pas d’une grande reine en devenir…