Le mot « cathare », un sujet brûlant !

On éteint tout de suite le feu : la dissidence « hérétique » du Midi qui a conduit à la Croisade contre les Albigeois à partir de 1209, ne s’est jamais désignée elle-même comme « cathare » !

Milieu du XIII ème siècle. : Dessin d’un hérétique livré aux flammes (au recto, projet de bulle du pape Innocent IV sur les poursuites contre les hérétiques). Cote A.N. : AE/II/257. Image Wikimedia Commons.

Le nom de « cathares » apparaît absent des milliers de protocoles de l’Inquisition languedocienne. Selon l’historiographie, renouvelée depuis les année 2000, le mot « cathare » ne serait mentionné par aucun inquisiteur, accusé ou témoin de la persécution, pas plus qu’il n’est présent chez quelque auteur médiéval ou dans quelque récit de la croisade albigeoise.

Mais alors pourquoi ce mot « cathare » ? 🤔

Au XIXème siècle siècle, le théologien alsacien Charles Schmidt fait paraître son ouvrage Histoire et doctrine de la secte des Cathares ou Albigeois, dans lequel il situe les « cathares » dans le Midi. Charles Schmidt crée le « concept de catharisme » en utilisant la description d’hérétiques faite par le moine allemand, Eckbert de Schönau (né en 1120 – † 1184), qui reprend lui-même un traité de saint Augustin (né en 354 / †430). 🤯

Dans les années 1960, cette interprétation de Charles Schmidt, est massivement popularisée au travers de deux documentaires télévisuels qui ont un énorme succès.

Dès lors, le mot « cathare » sort de l’ombre et devient le symbole d’une religion perdue et mystérieuse…

Jusqu’à encore aujourd’hui, le mot « cathare » est omniprésent, que ce soit en région Occitanie ou dans l’inconscient collectif (voir le nombre incalculable de romans ayant dans leurs titres le mot « cathare » par exemple).

En 1998, l’ouvrage collectif Inventer l’hérésie ?, publié par l’historienne Monique Zerner, jette un pavé dans la mare. Un retour aux sources de l’Inquisition révèle que les récits dénonçant l’hérésie dans le Midi étaient avant tout ceux de l’Église romaine, soucieuse de se fabriquer un ennemi là où le comté de Toulouse échappait encore à son autorité.

L’historienne Alessia Trivellone (enseignante et chercheuse en Histoire du Moyen Âge à l’université Paul Valéry Montpellier 3) souligne la dimension politique des accusations contre les hérétiques : « L’hérésie est un chef d’accusation. Les pouvoirs ecclésiastiques se servent de cette accusation pour asseoir leur force sur des territoires et des populations. Ces accusations se situent au cœur des dynamiques sociales et politiques de l’Occident. (…) Elles viennent justifier des initiatives politiques. »

L’histoire des « cathares », hérétiques du Midi, qui auraient prospéré puis disparu entre les XIIe et XIIIe siècles, serait donc avant tout un mythe.

Pour aller plus loin, écoutez ce podcast passionnant sur le sujet https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-cours-de-l-histoire/heretiques-l-invention-des-cathares-1740738

Avec Bélénion, l’Histoire devient vivante !

Sources de l’article et pour approfondir le sujet :

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-cours-de-l-histoire/heretiques-l-invention-des-cathares-1740738

https://fr.wikipedia.org/wiki/Catharisme

Alessia Trivellone, L’Hérétique imaginé : hétérodoxie et iconographie dans l’Occident médiéval, de l’époque carolingienne à l’Inquisition, Brepols, 2010.

Julien Théry, Le Livre des sentences de l’inquisiteur Bernard Gui, CNRS, 2022.

https://www.academia.edu/924035/_Lh%C3%A9r%C3%A9sie_des_bons_hommes_Comment_nommer_la_dissidence_religieuse_non_vaudoise_ni_b%C3%A9guine_en_Languedoc_XIIe_d%C3%A9but_du_XIVe_s_Heresis_36_37_2002_p_75_117