
#archéologie : du nouveau concernant #jomsborg et les #jomsvikings avec cette interview de l’archéologue polonais Wojciech Filipowiak dans Le Point.
Quelques petits détails de contexte : selon la Knýtlinga saga et la Fagrskinna, Jomsborg est fondée par le roi dane converti au christianisme, Harald dit « à la dent bleue », ville dans laquelle il serait mort en 985.
La ville aurait été donnée selon la Jómsvíkinga saga par le chef wende (slave) Burislav (nom correspondant à Boleslas 1er, roi de Pologne et du coup, selon les historiens, il s’agirait plutôt de son père, Mieszko 1er). Les Jomsvikings, les guerriers de Jomsborg, auraient été un mélange de Slaves et de Scandinaves.
Depuis des décennies, il a été largement admis par les historiens que Jomsborg se trouvait à l’emplacement actuel de la ville de Wolin (Pologne). Il s’agissait d’un comptoir, d’une place de marché majeure et cosmopolite de la Baltique où se côtoyaient païens et chrétiens, Slaves, Scandinaves, Francs, etc.
Mais l’archéologue Wojciech Filipowiak a donc élaboré une nouvelle théorie concernant l’emplacement exact de Jomsborg, pour lui ce n’est pas Wolin mais un site tout proche. Lisez l’interview pour tout savoir ![]()
Et si les Jomsvikings et leur célèbre forteresse Jomsborg vous passionnent, lisez notre roman La Flamme rouge de Cécile Lozen, la thématique y est largement abordée, un voyage dans le temps garanti sur les terres baltiques à l’époque des « vikings » et des Jomsvikings ! ![]()
ENTRETIEN. Un archéologue polonais, Wojciech Filipowiak, pense avoir découvert près de Wolin, au bord de la Baltique, la mythique ville viking de Jomsborg. Par Baudouin Eschapasse
Ce pourrait être le scénario d’un épisode d’Indiana Jones. Depuis près de cinq cents ans, les archéologues recherchent la cité viking de Jomsborg. Cette localité, évoquée dans la mythique saga islandaise vantant les exploits des peuples nordiques, des chercheurs nazis l’ont traquée pendant des années à Wolin, au bord de la Baltique, une ville où est mort le redouté roi Harald Gormsson (910-985), surnommé « Harald à la dent bleue ». En vain. Wojciech Filipowiak, un archéologue polonais de 37 ans, semble l’avoir finalement retrouvée non loin de cette station balnéaire. Il s’en explique au Point.
– Le Point : Vous fouillez depuis 2021 la petite île de Wolin, dans le nord de la Pologne, qu’y avez-vous trouvé ?
Wojciech Filipowiak : J’ai en effet conduit, en 2021, avec le soutien de la ville et du musée d’archéologie de Wolin, une campagne de fouilles archéologiques préventives sur un site qui doit être prochainement construit. Ces fouilles ont révélé diverses sépultures et les traces calcinées de structures en bois que je pense être les traces d’un rempart incendié datant du Xe siècle. Les éléments organiques exhumés sont très détériorés du fait de l’environnement sablonneux du lieu qui se prête peu à leur conservation. Mais l’analyse au carbone 14 de ces découvertes est en cours et doit permettre une datation plus fine des ossements relevés comme des structures que je viens d’évoquer.
– La zone que vous explorez a un nom particulier, « la colline des pendus ». Pourquoi ?
La butte en question abrite un cimetière depuis le VIIIe siècle. Au Moyen Âge, c’est ici qu’ont été conduites les exécutions publiques jusqu’au XVIIe siècle.
– Pourquoi pensez-vous que les traces de fortin que vous avez identifiées coïncident avec la légendaire forteresse de Jomsborg ?
Parce que cet ancien rempart atteste la présence sur place d’une ville fortifiée, dotée d’un comptoir commercial, comme le montre la présence d’un embarcadère en bois témoignant de la présence d’un port sur place. Mes conclusions ne se fondent pas sur ces seuls éléments épars. La ville de Wolin et ses environs sont fouillés par les archéologues depuis 1828. Je fais, moi-même, des fouilles sur place depuis onze ans et d’importantes excavations ont été conduites par l’Institut d’archéologie et d’ethnologie polonais dans les années 1950, notamment par mon grand-père qui était lui-même archéologue. C’est sur l’ensemble de la documentation accumulée par la communauté scientifique, à la faveur de ces diverses fouilles, que je me fonde pour affirmer qu’il y a une chance pour que Jomsborg n’ait pas été fondée à Wolin comme les historiens le croyaient jusque-là, mais à côté. J’ai publié mes conclusions lors d’un colloque en fin d’année dernière. Mes homologues semblent prendre mon travail au sérieux.
– Que signifie le nom de la ville, Jomsborg ?
Le suffixe « borg » désigne dans tous les pays scandinaves les cités fortifiées. Le terme « jom » pourrait faire référence à la colline, ou plutôt aux deux collines, du lieu.

– Pourquoi entend-on parfois dire que Jomsborg est la New York viking ?
Parce que c’est une image forte. Les Vikings ont créé en Grande-Bretagne, au IXe siècle, la ville de Jorvik qui est aujourd’hui connue sous le nom de York. Jomsborg était un important bastion avancé de ce peuple nordique, en Europe continentale, au Xe siècle. Ce comptoir commercial, établi par les Scandinaves, était une place d’échange de fourrures, de viande, de sel, d’ambre, mais aussi d’esclaves capturés à l’intérieur des terres. La population de Jomsborg était importante pour l’époque puisque la localité comptait autour de 6 000 habitants. Elle était aussi cosmopolite : en dehors des Vikings, des Slaves, vivaient aussi sur place des Russes et des Saxons.
– Les Allemands ont fouillé la région dans les années 1930. Ils cherchaient des traces pouvant soutenir l’idéologie nazie qui prétendait que l’origine du peuple aryen était scandinave. Mais leurs attentes semblent avoir été déçues… Pourquoi ?
Les fouilles allemandes se sont concentrées sur le centre-ville de Wolin et une autre colline de l’île. Or Wolin a été fondée par des Slaves au VIIIe siècle, deux siècles avant la création de Jomsborg. Les artefacts retrouvés par les Allemands ne correspondaient pas à leurs attentes. Les poteries vikings sont moins raffinées que la céramique slave à cette époque.
– Pourquoi Jomsborg est-elle mythique ?
Elle est évoquée dans la légendaire saga islandaise qui a édifié la légende de la tribu des Jomsviking au XIIe siècle. De nombreux textes l’évoquent sous des appellations diverses. Y compris en langue arabe ! Le prestige de cette forteresse a rejailli sur la ville voisine de Wolin qui a été connue, par la suite, sous le nom de Jumneta ou Vineta et qui a parfois été désignée sous le vocable étonnant d’Atlantide de la Baltique…
– Pourquoi ? Parce que cette ville a mystérieusement disparu des cartes ?
La ville n’a jamais disparu. La Wolin moderne a été édifiée sur l’ancienne Vineta. Mais son déclin a été rapide. Surtout après les raids des chefs vikings Valdemar (1131-1182) et Absalon (1128-1201). Seule a disparu la forteresse de Jomsborg qui la protégeait comme Hochburh défendait Hedeby au Danemark ou Borgen protégeait Birka en Suède.
– L’été dernier, un auteur américano-polonais, Marek Kryda, expliquait avoir identifié grâce à des images satellites l’emplacement de la tombe du chef viking Harald à la dent bleue. Selon lui, cette sépulture serait située dans le village de Wiejkowo, non loin de Wolin. Qu’en pensez-vous ?
Aucune sépulture n’a été retrouvée à ce stade. Nous nous trouvons en présence d’une simple hypothèse. Rien de plus. Les sources nous indiquent qu’Harald est bien mort sur place. Mais la chronique explique que son corps a été rapatrié au Danemark. Jusqu’à preuve du contraire, c’est l’unique chose que l’on sache.
– Jomsborg était-elle la capitale d’Harald ?
Non. Et pour une raison simple, on ne peut pas prouver que c’est lui qui l’a fondée. Et il est inopérant de parler de capitale pour un peuple qui n’avait pas vraiment de ville-centre.
– Votre découverte suscite un intérêt énorme partout dans le monde. Qu’est-ce qui, selon vous, explique l’excitation autour de vos travaux ?
Le monde viking passionne les foules depuis longtemps. Ce peuple de conquérants titille l’imagination. De nombreuses œuvres, livres, films et séries ont réactivé le mythe ces dernières années… J’espère que cet engouement ne faiblira pas. Nous avons de grandes ambitions pour Wolin. Nous aimerions lancer, l’an prochain, une nouvelle campagne de fouilles. Nous aimerions pouvoir explorer le centre-ville et continuer les excavations sur le site de « la colline des pendus. » Nous envisageons de le faire avec l’Institut d’archéologie et d’ethnologie polonaise où je travaille, sous l’égide de l’Academie des sciences. Notre projet est soutenu par Karolina Kokora, directrice du musée régional de Wolin, mais aussi par la maire de la ville, Ewa Grzybowska. J’aimerais ajouter que nous sommes très reconnaissants que l’ambassadeur du Danemark en Pologne, Ole Toft, soutienne notre projet. Nous nous réjouissons aussi de l’appui de l’université danoise Aarhus et particulièrement du professeur Søren Sindbaek.
Lien vers l’article original du Point : https://www.lepoint.fr/…/en-pologne-la-decouverte-d-une…

Les photos de notre article ont été prises au Slavian and Viking centre Vineta par Bélénion éditions.