Une tombe vieille de 4 500 ans, témoin du mélange des populations locales avec celles venues des steppes de l’Est !

Sept personnes enterrées dans le centre de la France il y a 4 500 ans, dont des individus d’origine steppique, tombe néolithique de Bréviandes (Champagne). Photo : INRAP

Une tombe datée du néolithique découverte à l’est de Paris près de la ville de Bréviandes (en Champagne), offre un instantané de l’une des migrations les plus importantes de la Préhistoire (si si, le néolithique est une période dite préhistorique) ayant transformé l’Europe. Des centaines de millions de personnes en Europe vivent d’ailleurs encore aujourd’hui en étant les descendants de cette migration millénaire.

Cette modeste fosse contient les restes de trois femmes adultes, d’un homme adulte, de deux jeunes enfants et d’un nourrisson, tous enterrés ensemble dans la même tombe au fil des décennies, il y a environ 4 500 ans.

C’est la généticienne Eva-Maria Geigl (directrice de recherche au CNRS et en paléogénomique à l’institut Jacques Monod à Paris), avec son équipe, qui ont analysé l’ADN des squelettes et ont publié le 19 juin dernier dans la revue Science Advances, les résultats de leurs travaux (lien en fin d’article⬇️).

Ils ont découvert que toutes les femmes dans la tombe avaient une ascendance exclusivement néolithique locale. Mais « à notre grande surprise, deux individus dans la tombe avaient des ancêtres steppiques » – l’homme adulte et l’un des enfants, un garçon – explique Geigl.

« Ce que nous avons vu chez l’homme adulte, c’est l’introduction d’une ascendance steppique en temps réel », dit-elle. « C’est l’individu le plus âgé d’origine steppique en France. »

L’équipe a ensuite analysé les gènes pour déterminer si les individus étaient étroitement liés. Ainsi, une femme néolithique d’une soixantaine d’années était la mère de l’homme adulte d’origine steppique et la grand-mère de son fils, âgé de 7 ans.

Les chercheurs ont alors reconstitué le génome de son partenaire, le grand-père disparu, et ont conclu qu’il devait avoir environ 70 % d’ascendance steppique.

Cette tombe et c’est exceptionnel, constitue la première preuve génétique individuelle d’une femme néolithique locale rencontrant et ayant des enfants avec un migrant des steppes.

« Nous savons que cela s’est produit partout », explique Maïté Rivollat, généticienne à l’Université de Gand (qui n’a pas participé à l’analyse). « Ce qui est nouveau, c’est que nous voyons le processus en cours, et ce n’est pas courant. »

Des études antérieures avaient montré que les migrants des steppes étaient généralement des hommes, ou du moins que les hommes des steppes étaient plus susceptibles d’avoir des relations avec des femmes néolithiques locales que l’inverse, laissant un héritage majeur sur le chromosome Y des hommes modernes.

(A) Carte montrant les emplacements géographiques des échantillons analysés la tombe de Bréviandes. Représentation schématique de la sépulture collective à Bréviandes.
(B) Âge estimé du décès et informations sur les haplogroupes uniparentaux des individus de Bréviandes.
(C) Schémas généalogiques montrant les relations de parenté entre les individus de Bréviandes.
(D) Graphiques généalogiques montrant la composante génomique des ascendances liées à la steppe et au Néolithique supérieur entre les individus de Bréviandes. Les proportions d’ascendance steppique ont été tracées sur la base d’une modélisation de mélange à trois voies qpAdm utilisant des agriculteurs néolithiques (ANF) du nord-ouest de l’Anatolie, des chasseurs-cueilleurs occidentaux (WHG) et des individus d’ascendance steppique représentés par des individus associés à la culture Yamnaya de la steppe pontique. La somme des proportions d’ascendance ANF et WHG indiquées comme ascendance du Néolithique supérieur. Les cases et cercles vides indiquent les individus non échantillonnés. Les lignes pointillées indiquent l’individu dont le génome est reconstruit. Les ossements blancs de la reconstitution iconographique de la sépulture, réalisée par E. Vauquelin, sont des ossements non attribués.
Photo crédit : Oğuzhan Parasayan et al., Late Neolithic collective burial reveals admixture dynamics during the third millennium BCE and the shaping of the European genome.Sci. Adv.10,eadl2468(2024).DOI:10.1126/sciadv.adl2468

La découverte de deux hommes des Steppes apparentés dans la tombe, ainsi que celle reconstituée du grand-père, correspond à ce schéma. Les femmes des steppes ne se mélangeaient pas aux agriculteurs locaux, contrairement donc aux hommes des steppes.

Une théorie expliquant cette relation à sens unique serait une violente invasion, au cours de laquelle de nombreux hommes néolithiques locaux auraient été tués.

Mais il y a d’autres possibilités.

La tombe de Champagne suggère ainsi plus une intégration/assimilation pacifique des peuples des steppes. Il n’y a aucun signe de violence et la tombe a probablement été ouverte à plusieurs reprises au cours de plusieurs décennies pour enterrer de nouveaux corps.

D’autre part, la sépulture comportait peu d’objets funéraires – une perle et une patte de chien –, il est donc difficile de la relier à une culture matérielle particulière.

Cela étant, l’ascendance métissée de la famille pourrait éclairer sur l’origine de l’une des cultures les plus répandues de l’Europe préhistorique, le Campaniforme.

En effet, à peu près au même moment où le groupe de Bréviandes était enterré, la culture du « campaniforme », caractérisée par des céramiques typiques (en forme de cloche, Bell-Beaker culture en anglais), commençait à se répandre à travers l’Europe, s’étendant dans sa phase finale du Danube à l’Irlande et jusqu’à l’Afrique du Nord.

Peut-être que cette nouvelle culture – que les archéologues ont retracée au travers de similitudes dans la poterie, les objets funéraires et l’architecture – est née de rencontres comme celle découverte à Bréviandes en Champagne.

« Ce que nous avons vu dans le nord de la France était vraiment le début d’une transformation en Europe occidentale, où des personnes issues des steppes rencontraient des personnes en provenance de la péninsule ibérique », explique Geigl.

« Cette rencontre de deux sphères culturelles, parallèlement à la génétique, a conduit à la première culture paneuropéenne. »

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Sources : Oğuzhan Parasayan et al., Late Neolithic collective burial reveals admixture dynamics during the third millennium BCE and the shaping of the European genome.Sci. Adv.10,eadl2468(2024).DOI:10.1126/sciadv.adl2468

https://www.science.org/doi/10.1126/sciadv.adl2468

https://www.science.org/…/ancient-family-burial-tells…