Les « princes » et « princesses » celtes du 1er âge du fer, une dynastie au fonctionnement matrilinéaire ?

Une reconstruction virtuelle du tumulus de Hochdorf en Allemagne. (Crédit image : © Landesamt für Denkmalpflege im Regierungspräsidium Stuttgart, O. Braasch)

Selon l’étude publiée lundi 3 juin dernier dans la revue Nature Human Behaviour, une analyse d’échantillons d’ADN suggère que l’élite celtique du 1er âge du fer aurait pu être matrilinéaire.

Entre 600 et 400 avant notre ère, à l’âge du fer, des tumuli contenant des bijoux en or, des chariots et des marchandises de luxe ont été élevés (voir photos ⬇️) dans ce qui est aujourd’hui le sud-ouest de l’Allemagne, l’est de la France et la Suisse.

L’une des sépultures, surnommée la Dame de Ditzingen-Schöckingen, contenait des bijoux en or. (Crédit image : © Landesmuseum Württemberg, H. Zwietasch)

Les élites enterrées dans ces monticules exerçaient un immense pouvoir politique et religieux et sont souvent appelées « les princes et princesses celtiques ». Mais les chercheurs ne sont pas d’accord sur la question de savoir si ces personnes ont acquis leur statut grâce à leurs actions personnelles ou si elles en ont hérité.

Une reconstruction virtuelle montrant le contenu de l’un des tumulus « princier » d’Allemagne. (Crédit image : © Landesmuseum Württemberg, FaberCourtial ; Thomas Hoppe)

Dans l’étude qui vient de paraître, les chercheurs ont analysé l’ADN ancien de 31 squelettes provenant de sept sites funéraires caractérisés comme faisant partie de « l’élite » celtique. Ces sites sont datés du 6e au 5e siècle avant notre ère, et sont localisés dans une zone d’environ 100 kilomètres carrés au sud-ouest de l’Allemagne. L’objectif scientifique était de déterminer si des parentés génétiques pouvaient être trouvées entre ces 31 individus.

L’archéologue Dirk Krausse (attaché à la région de Bade-Wurtemberg) et ses collègues ont ainsi identifié deux hommes (enterrés dans des monticules voisins l’un de l’autre) qui étaient un oncle et un neveu par ascendance maternelle commune.

L’une des sépultures contenait un chaudron en bronze à anse décoré de lions. (Crédit image : Landesmuseum Württemberg, P. Frankenstein/H. Zwietasch)

Une femme et un homme enterrés dans des monticules distants d’environ 100km et de 100 ans dans le temps, pourraient eux avoir été une arrière-grand-mère et son arrière-petit-fils.

Deux autres échantillons étaient des personnes nées de parents cousins germains.

Les liens familiaux entre les tumuli suggèrent ainsi fortement un modèle de leadership héréditaire organisé en fonction de la lignée maternelle. Le pouvoir a pu être exercé par les hommes mais aussi probablement par les femmes, les très riches sépultures féminines dans la région témoignant de leur statut élevé.

Bâtiments et mur en briques crues reconstruits au bord du Haut-Danube en Allemagne. (Crédit image : Landesamt für Denkmalpflege im Regierungspräsidium Stuttgart, I. Rack)

Le modèle spécifique que les chercheurs ont découvert parmi les premières élites celtiques est appelé organisation avunculaire matrilinéaire.

Ainsi, cette étude génétique permet d’éclairer la nature du système politique celtique au 1er âge du fer, un système d’interconnexion familiale à travers le temps et l’espace, avec un degré élevé de complexité sociale et de hiérarchie régionale.

Sources : https://www.nature.com/articles/s41562-024-01888-7

https://www.livescience.com/…/early-celtic-elites…

Une vue plongeante du puits d’Alte Burg, qui abritait une sépulture masculine. (Crédit image : Landesamt für Denkmalpflege im Regierungspräsidium Stuttgart, ArcTron 3D GmbH)