Les armures de bronze mycéniennes, datées de 3500 ans, assez solides pour être utilisées durant la fameuse guerre de Troie ?

Photo artistique montrant la réplique de l’armure Dendra utilisée dans l’étude. Crédit photo : Andreas Flouris et Marija Marković. Photo credit: Andreas Flouris and Marija Marković (Flouris et al., 2024, PLOS ONE, CC-BY 4.0 creativecommons.org/licenses/by/4.0/)

Selon une étude scientifique d’archéologie expérimentale publiée (mercredi 22 mai) dans la revue PLOS One (lien en fin d’article ⬇️), des chercheurs ont pris une armure trouvée en 1960 par des archéologues à Dendra (un village situé près de ce qui était autrefois l’ancienne ville grecque de Mycènes) et ont recruté ensuite 13 soldats parmi les Forces spéciales grecques. Le but était d’éprouver la résistance de l’armure.

En effet, depuis des décennies, les archéologues se demandent si cette armure, qui comprend un casque en défense de sanglier et une « tunique » en plaques de bronze, était suffisamment solide pour le combat. [Voir photo de cette armure vieille de 3500 ans ⬇️]

« Mycenaean armour from chamber tomb 12 of Dendra » (Wikimedia Commons)

« Depuis sa découverte, la question demeure de savoir si l’armure était uniquement destinée à des fins cérémonielles ou à des fins de combat », a déclaré l’auteur principal de l’étude, Andreas Flouris, professeur de physiologie à l’Université de Thessalie en Grèce. « L’armure de Dendra est considérée comme l’une des plus anciennes armures complètes de l’âge du bronze européen. »

Les chercheurs ont ainsi équipé les soldats de répliques d’armures et d’armes (voir photos ⬇️), notamment des lances et des pierres. Ils leur ont demandé de réaliser une simulation de bataille, dans les conditions de l’âge du bronze. La simulation était basée sur des récits tirés de l’Iliade d’Homère, récit épique des 50 derniers jours de la Guerre de Troie.

Soldat des Forces spéciales grecques portant la réplique de l’armure de Dendra dans le cadre de l’étude scientifique expérimentale et frappant un bouclier avec une lance (Credit: Andreas Flouris and Marija Marković).

« Nous avons extrait les informations nécessaires pour créer un protocole de simulation de combat de la fin de l’âge du bronze, reproduisant les activités quotidiennes effectuées par les guerriers d’élite de la fin de l’âge du bronze », ont déclaré Flouris et ses collègues. « Par la suite, nous avons utilisé des données paléoclimatiques pour recréer les conditions environnementales de la fin de l’âge du bronze à Troie. »

Les recherches suggèrent que la température dans cette région à la fin de l’âge du bronze aurait été d’environ 18 à 20°, avec une humidité relative annuelle comprise entre 70 % et 80 %.

Haut : Géomorphologie de la zone autour de Troie à l’âge du bronze final.
En bas : Soldat des Forces spéciales grecques portant la réplique de l’armure de Dendra dans le cadre de l’étude scientifique expérimentale (droite) et une photo artistique (gauche). Photo credit: Andreas Flouris and Marija Marković (Flouris et al., 2024, PLOS ONE, CC-BY 4.0 creativecommons.org/licenses/by/4.0/)

Les scientifiques ont créé les répliques d’armure en utilisant un mélange de métaux dorés comprenant du cuivre et du zinc, l’alliage le plus proche du bronze d’origine. Une combinaison suivait les mesures exactes de l’artefact, jusqu’aux « dimensions, courbures et perforations de l’original » et pesait 23 kilos une fois terminée.

En plus de reproduire l’armure, les volontaires ont suivi un régime alimentaire similaire à celui d’un soldat mycénien prêt pour le combat, comprenant un repas composé de pain, de bœuf, de fromage de chèvre, d’olives vertes, d’oignons et de vin rouge.

« Fait intéressant, nos résultats pour la glycémie ont montré que le plan nutritionnel fournissait une énergie adéquate aux volontaires pour cette session de 11 heures », a déclaré Flouris.

Au cours des essais, les volontaires ont participé à diverses formes de combats, notamment des duels, des affrontements fantassins contre des chars, des duels à distance et aussi des confrontations entre des chars et des navires. L’équipe a découvert que l’armure ne limitait aucunement la capacité de combat du guerrier.

Cette simulation a ainsi prouvé aux chercheurs que cette armure de 3500 ans était adaptée et performante pour les contextes martiaux de l’époque.

« Il est clair qu’une armure de ce type était adaptée à une utilisation au combat, et pas seulement lors de cérémonies », ont déclaré Flouris et ses collègues. « L’efficacité et la variété des épées et des lances mycéniennes sont reconnues depuis longtemps.

L’ajout d’une armure « lourde » a pu donner aux guerriers mycéniens d’élite des avantages considérables par rapport à ceux qui possédaient seulement un bouclier pour se défendre ou qui possédaient l’armure « à écailles » plus légère et utilisée à l’époque au Moyen-Orient. »

D’autre part, les Mycéniens « comptaient parmi les soldats les mieux équipés » au cours de cette période, selon les chercheurs.

« Ces guerriers devaient être de redoutables adversaires », ont déclaré Flouris et ses collègues.

La Guerre de Troie a dû en effet être épique !

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Sources : Analysis of Greek prehistoric combat in full body armour based on physiological principles: A series of studies using thematic analysis, human experiments, and numerical simulations, PLoS ONE (2024). https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0301494

https://www.livescience.com/…/ancient-mycenaean-armor…