L’archéogénétique révèle de nouvelles infos sur les Avars !

Élément du trésor avar de Nagyszentmiklos (ou Sânnicolau Mare, Roumanie) qui représente un guerrier avar, aujourd’hui exposé au Kunsthistorisches, Vienne, Autriche. Photo de Wolfgang Sauber / Wikimedia Commons.

Les Avars, originaires d’Asie centrale de l’Est (voir cartes ⬇️), ont régné sur une grande partie de l’Europe centrale orientale durant un quart de millénaire, du 6ème au 9ème siècle de notre ère. Ils ont succédé au peuple beaucoup plus connu dans l’imaginaire collectif, les Huns.

Cartes extraites du premier article scientifique publié sur l’origine des Avars (https://www.sciencedirect.com/…/pii/S0092867422002677).

Pourtant, les Avars ont laissé l’un des héritages archéologiques les plus riches de l’histoire européenne, avec environ 100 000 tombes. Grâce à l’archéologie et aux témoignages écrits de leurs voisins contemporains, les chercheurs ont pu reconstruire certaines de leurs pratiques sociales et de leurs modes de vie.

Les connaissances historiques sur les Avars ont été transmises par leurs ennemis, principalement les Byzantins et les Francs (Charlemagne met fin à la domination avare aux alentours de 800). De fait, des informations manquaient sur l’organisation interne de leurs clans. Les femmes sont particulièrement sous-représentées dans les sources historiques, avec seulement trois maigres mentions.

Les chercheurs ont analysé un total de 424 individus enterrés dans le même cimetière et ont découvert que 300 étaient parents proches (1er et 2ème degré). Cela a permis la reconstruction de plusieurs familles génétiques, dont une qui s’est perpétuée sur neuf générations, c’est-à-dire environ 250 ans, révélant que les communautés avars pratiquaient un système de transmission patrilinéaire strict.

Sépulture d’un Avar avec des éléments de ceinture et d’une céramique, site de Rákóczifalva, Hongrie (8ème siècle) – Photo Courtelley Institute for Advanced Study.

Les femmes ont joué un rôle clé dans la promotion de la cohésion sociale, reliant les différentes communautés avars en se mariant en dehors de leur clan d’origine. Il s’agit là de la pratique systématique de l’exogamie féminine. Zuzana Hofmanová, auteur principal de l’étude, a déclaré: « D’une certaine manière, ce modèle montre le rôle des femmes dans la promotion de la cohésion de cette société, c’est le rôle des femmes qui reliaient les communautés individuelles.»

Guido Alberto Gnecchi-Ruscone, premier auteur de l’étude, ajoute : « Ces pratiques, ainsi que l’absence de consanguinité génétique, indiquent que la société a maintenu une mémoire détaillée de son ascendance et connaissait tous ses parents biologiques sur plusieurs générations.»

L’étude a été réalisée par une équipe de recherche multidisciplinaire de généticiens, archéologues, anthropologues et historiens, y compris des chercheurs de l’Institut Max Planck pour l’anthropologie évolutive à Leipzig, en Allemagne; L’Institut des sciences archéologiques, Eötvös Loránd University, Budapest, Hongrie; le Curt Engelhorn Center for Archaeométrie à Mannheim, Allemagne; et l’Institut de recherche historique autrichienne de l’Université de Vienne, Autriche; ainsi que l’Institut d’étude avancée aux États-Unis.

Patrick Geary, professeur émérite à l’École des études historiques de l’Institute for Advanced Study, commente : « Cette étude, qui fait partie d’une série de publications innovantes du projet Histogenes, montre comment de nouvelles perspectives fondamentales sur les sociétés du passé peuvent être acquises lorsque les historiens, les archéologues, les anthropologues et les généticiens collaborent ensemble. »

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Sources : https://www.medievalists.net/2024/04/archaeogenetics-avars/

https://www.nature.com/articles/s41586-024-07312-4

https://www.sciencedirect.com/…/pii/S0092867422002677