
Évocation de Pictes à des siècles différents par l’artiste Angus McBride (peintre britannique 1931-2007), dans Dr David Nicolle, « Arthur and the Anglo-Saxon Wars », Osprey Publishing, 1984.
Les Pictes, cette confédération de tribus qui habitaient l’Écosse, de l’Antiquité au Moyen-âge, ont souvent été décrits comme « mystérieux ».
Les sources historiques mentionnent les Pictes pour la première fois à la fin du 3ème siècle de notre ère. Ils résistèrent aux Romains et régnèrent sur un vaste territoire du nord de la Grande-Bretagne.
Cependant, vers les 9ème et 10ème siècles, la « culture picte » déclina et le territoire devint le royaume médiéval d’Écosse.
Les traditions médiévales, y compris celles de l’époque des Pictes eux-mêmes, avaient attribué des origines « exotiques » aux Pictes, notamment en provenance de Thrace (au nord de la mer Égée), de Scythie (Europe de l’Est) ou de Scandinavie.
Certaines traditions soutiennent, notamment à partir d’inscriptions à ce jour encore non déchiffrées associées aux Pictes, que ces tribus parlaient une langue inconnue, dérivée d’une population préceltique ou exogène.
Alors, ces fameux pictes, étaient-ils originaires de Grande-Bretagne ou ont-ils émigré depuis d’autres régions d’Europe ?
Un projet récent, dont les premiers résultats ont été publiés dans PLoS Genetics, tente de résoudre cette question en examinant les sépultures pictes afin d’en extraire les génomes et ainsi explorer les liens entre les Pictes et d’autres groupes culturels en Grande-Bretagne.

Les scientifiques ont séquencé l’ADN de deux individus du centre et du nord de l’Écosse datant du 5ème au 7ème siècle de notre ère. Ils ont ensuite comparé ces génomes de haute qualité obtenus, à plus de 8 300 génomes anciens et modernes précédemment publiés.
L’analyse a révélé que les Pictes descendaient de populations locales de l’âge du fer, qui vivaient dans toute la Grande-Bretagne avant l’arrivée des « Européens » continentaux (c’est à dire les Romains, les Angles, les Saxons et plus tard les Scandinaves de l’âge viking).
De plus, les chercheurs ont découvert des similitudes génétiques entre les Pictes et les populations actuelles vivant dans l’ouest de l’Écosse, au Pays de Galles, en Irlande du Nord et en Northumbrie.
Une analyse plus approfondie de l’ADN séquencé de sept individus enterrés dans un cimetière picte a également montré que les individus ne partageaient pas d’ancêtre commun du côté de leur mère.
Cette découverte suggère que les femmes peuvent s’être mariées en dehors de leur propre groupe social et cela va à l’encontre de spéculations plus anciennes, comme celle mentionnée par le grand érudit anglais Bede Le Vénérable (dans son Histoire ecclésiastique du peuple anglais datée des environs de l’an 731, c’est-à-dire à la fin de la période des Pictes), selon laquelle les Pictes étaient matrilinéaires, autrement dit qu’ils avaient eu une société basée sur la parenté à travers la lignée maternelle.
Ainsi, ces nouvelles découvertes soutiennent les théories archéologiques actuelles selon lesquelles les Pictes descendraient des peuples britanniques de l’âge du fer.
Les recherches futures doivent fournir de nouvelles informations sur le mode de vie des Pictes, grâce aux archéologues et co-auteurs de l’étude. Cela comprendra la réévaluation et la fouille de nouveaux sites pictes, l’étude des habitudes alimentaires et de la mobilité à l’aide d’isotopes stables, ainsi que des recherches plus approfondies sur l’ADN picte.
Ce projet en cours fournira un excellent outil pour faciliter la recherche interdisciplinaire afin de relier l’archéologie, l’histoire et la génétique des populations humaines.
A suivre de près donc, pour de nouvelles découvertes sur les Pictes, l’archéologie alliée à la paléogénétique, un outil redoutable pour percer les « mystères » !
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Source : l’article intitulé « Les génomes imputés et les analyses basées sur les haplotypes des Pictes du début de l’Écosse médiévale révèlent des relations à grande échelle entre l’âge du fer, le début du Moyen Âge et les peuples modernes du Royaume-Uni », par Adeline Morez, Kate Britton, Gordon Noble, Torsten Günther, Anders Götherström, Ricardo Rodríguez-Varela, Natalija Kashuba, Rui Martiniano, Sahra Talamo, Nicholas J. Evans, Joel D. Irish, Christina Donald et Linus Girdland-Flink, paru dans PLoS Genetics.
Lien vers l’article ici
https://journals.plos.org/plosgenetics/article?id=10.1371/journal.pgen.1010360
