
La double sépulture d’une femme adulte et d’un enfant, datant d’environ 7 000 à 6 800 avant notre ère, découverte en 1934 lors de travaux de construction dans les jardins thermaux de Bad Dürrenberg, est considérée comme l’une des découvertes funéraires exceptionnelles du Mésolithique en Europe centrale. En raison des objets inhabituels accompagnant la femme, enterrée en position assise, et de ses anomalies physiques, cette sépulture est interprétée comme celle d’une « chamane ».
Surnommée la « Chamane de Bad Dürrenberg », sa tombe a été minutieusement refouillée à partir de décembre 2019. Les investigations archéologiques, anthropologiques et génétiques ont depuis confirmé l’importance du lieu et précisé le rôle de cette femme hors du commun, que l’on continua très certainement de « révérer » durant plusieurs siècles après sa mort.
Les dernières fouilles sur le site, dans le cadre des préparatifs de l’Exposition nationale des jardins 2024, ont mis en lumière de nouvelles révélations sur le dépôt et le positionnement du corps. Le mobilier « inhabituel » funéraire comprend des objets en silex et des outils en pierre taillée, mais aussi des objets en os et en bois de cerf, un morceau d’ocre rouge, un certain nombre d’os d’animaux, la carapace d’au moins trois tortues et des dents d’animaux en partie percées. Avec des bois de cerf et six défenses de sanglier partiellement trouées, tous ces objets funéraires sont interprétés comme de probables ornements pour la tête et le corps.
La recherche génétique (avec un article récent publié dans les actes de la conférence Propylaeum par Jörg Orschiedt travaillant à l’Office d’État pour la gestion du patrimoine et l’archéologie de Saxe-Anhalt, Wolfgang Haak de l’Institut Max-Planck d’anthropologie évolutive, Holger Dietl, Andreas Siegl et Harald Meller du LDA) est récemment venue apporter des réponses sur la relation entre la femme et l’enfant : le garçon n’est pas son fils, mais un parent du quatrième ou du cinquième degré, ce qui ferait de la « chamane », l’arrière-arrière-(arrière)-grand-mère potentielle du garçon.
Les variantes phénotypiques analysées dans le génome de Bad Dürrenberg révèlent que la « chamane » avait un teint de peau relativement foncé, des cheveux bruns raides et des yeux bleus. Selon les chercheurs, cette combinaison aurait été assez courante chez les chasseurs-cueilleurs d’Europe occidentale et la « chamane » partageait cette apparence avec des individus mésolithiques qui lui étaient contemporains, comme ceux provenant de sites tels que Loschbour, Mullerthal (Luxembourg), La Braña, Asturies (Espagne) ou Cheddar Man dans le Somerset (Grande-Bretagne).
L’étude révèle également que la femme, âgée de 30 à 40 ans, était une personne mesurant environ 1,55 m, typique de la période. Son squelette manque d’attaches musculaires distinctes, en particulier au niveau des membres inférieurs, que l’on trouve couramment, selon les chercheurs, chez les chasseurs-cueilleurs.
De plus, à la base du crâne, il existe une anomalie au bord du grand trou occipital, sous la forme d’un petit étranglement. Cette zone reflète l’empreinte d’un vaisseau sanguin anormalement développé. La première vertèbre cervicale est aussi incomplètement formée en raison d’un défaut de croissance congénital.
Dans ce contexte, les chercheurs ont émis l’hypothèse d’un pincement d’un vaisseau sanguin menant au cerveau.
Cela pourrait avoir provoqué l’adoption d’une certaine posture de tête. Cependant, il est peu probable que les conséquences aient été graves ou dangereuses pour la santé de la « chamane ».
Surtout, il est concevable qu’un nystagmus, c’est-à-dire un mouvement involontaire des globes oculaires, soit provoqué par le blocage du vaisseau sanguin.
Cette caractéristique inhabituelle aurait pu être perçue comme étrange par ses contemporains et, lorsqu’elle était initiée intentionnellement, elle aurait pu renforcer, voire justifier, son rôle de « chamane ».

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Source pour cet article : https://phys.org/news/2023-11-genetic-year-old-shaman-burial-germany.html
Plus d’informations : The Shaman and the Infant: The Mesolithic Double Burial from Bad Dürrenberg, Germany, Propylaeum (2023). DOI: 10.11588/propylaeum.1280.c18002

Kai Michel et Harald Meller, Das Rätsel der Schamanin: Eine archäologische Reise zu unseren Anfängen, éditions Rowohlt Verlag GmbH, 2022.