Les chevaux et les chiens, des animaux précieux pour les vikings

Une hypothèse dominante faisait foi jusque récemment : les chevaux utilisés par les « armées vikings » ayant envahi les îles britanniques avaient été volés sur place, lors de raids.

Or, de récentes découvertes (2023) établissent une nouvelle interprétation beaucoup plus complexe : des chevaux et des chiens ont fait partie des équipages vikings et ils ont été embarqués avec eux depuis la Scandinavie.

Dans les années 1990, des chercheurs ont découvert les restes incinérés d’un individu adulte, d’un enfant, d’un chien, d’un cheval et probablement d’un cochon dans un tumulus d’une nécropole « viking » du Derbyshire, en Angleterre. Il s’agit du site de Heath Wood.

[Petite précision : Heath Wood est la seule nécropole (à crémation) scandinave à grande échelle connue dans les îles britanniques, elle contient 59 tumulus, voir photo ⬇️]

La datation au radiocarbone des fragments osseux avait révélé que les « vikings » y reposant étaient décédés entre le 8e et le 10eme siècle.

Cette date avait ensuite été réduite à l’an 873, grâce à la Chronique anglo-saxonne (annales historiques datant du 9ème siècle). En effet, une mention y précise qu’une armée viking a hiverné près du site (Heath Wood) cette année-là.

Mais un mystère demeurait : la provenance des animaux. Les chercheurs pensaient que les bateaux « vikings » de l’époque étaient trop petits pour permettre le transport d’animaux de la Scandinavie vers les îles britanniques, ils avaient donc dû être volés sur place.

Pourtant, une mention dans la Chronique anglo-saxonne décrit les vikings se déplaçant de France vers l’Angleterre avec leurs chevaux en l’an 892. Toutefois, aucune preuve archéologique d’une telle activité n’avait été trouvée.

Les nouvelles analyses scientifiques de 2023, basées sur le strontium, ont ainsi permis de répondre définitivement à la question. En effet, l’élément chimique s’accumule dans les os au fil du temps grâce à l’alimentation, laissant une signature distincte de l’endroit où un individu a vécu. Les ratios de strontium dans les restes de l’enfant correspondent à ceux des arbustes poussant sur le lieu de sépulture, ce qui suggère que l’enfant a passé la majeure partie, sinon la totalité, de sa vie en Angleterre. Les ratios de l’adulte et des trois animaux, en revanche, diffèrent considérablement de la faune locale, a constaté l’équipe. Cela suggère donc que les individus n’ont pas passé beaucoup de temps dans le pays avant de mourir. Leurs ratios sont même similaires à ceux trouvés en Baltique, Norvège, dans le centre et le nord de la Suède et en Finlande, matérialisant une possible origine scandinave. « L’une des joies de l’analyse isotopique est que vous pouvez vraiment identifier des choses dont nous pouvions auparavant discuter sans fin », a déclaré à ce propos Marianne Moen, archéologue à l’Université d’Oslo.

Toutefois, pourquoi ce chien, ce cheval et ce cochon scandinaves ont-ils fait ce voyage en Angleterre en compagnie des vikings ?

À l’époque viking, les chevaux étaient considérés comme des créatures de haute valeur à la fois matérielle et spirituelle. Historiquement, les restes de chevaux dans les sépultures de l’époque viking ont été interprétés comme le symbole du voyage vers l’au-delà (la poésie nordique met en scène notamment le dieu Odin chevauchant son cheval à huit pattes Sleipnir vers la terre des morts), comme étant un bien du défunt, et comme un symbole de statut social élevé.

Des sépultures mêlant individus et chevaux ont été retrouvées partout en Europe du Nord, avec celles par exemples des grands navires de Ladby (Danemark) et de Gokstad (Norvège). Les chevaux accompagnaient dans leurs vies dans l’au-delà, les hommes mais aussi les femmes (tombes à Trekroner-Grydehøj à Sjælland, au Danemark, à Løve dans le Vestfold, en Norvège, par exemples). Voir photo ⬇️

Site de Trekroner-Grydehøj (Danemark), « La völva dans sa tombe ». Reconstruit par Mirosław Kuźma. Illustration copyright Leszek Gardeła et Mirosław Kuźma.

Enfin, pour le docteur Löffelmann (de l’Université de Durham en Angleterre et de la Vrije Universiteit Brussel en Belgique), les petites tailles des premiers navires nordiques combinées au fait que les animaux et les personnes ont été enterrés ensemble suggèrent que les vikings ont peut-être initialement amené des animaux avec eux car, tout simplement, ils aimaient leur compagnie, pas seulement pour la fonction symbolique ou le prestige. « Il ne peut s’agir que d’animaux sélectionnés qui ont fait ce voyage », dit-elle. Ils étaient très importants pour eux, ils y tenaient. « Ils ont traversé la vie ensemble, et maintenant ils traversent la mort. »

Petite anecdote, les adorables chiens de type Vallhund (suédois), seraient les descendants des chiens utilisés par les anciens scandinaves, notamment à l’ère viking. Voir photo ⬇️

Chiens de type vallhund suédois (Västgötaspets ou spitz des Wisigoths). Photo Wikimedia Commons.

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Sources : « Shared horse and human burials show how deeply the vikings cared for their animal companions » — https://theconversation.com/shared-horse-and-human…

https://www.sciencenews.org/…/strontium-isotope…