La Pologne, terre de vampires du 6e au 19e !

L’archéologie a récemment révélé, à nouveau en Pologne, plusieurs centaines de tombes interprétées comme étant celles de « vampires ».

Le mot vampire (wampir en polonais) aurait pour origine la racine slave « upir » signifiant « créature buveuse de sang ». Dans le folklore, ce sont des figures pâles hantant sous l’astre lunaire des chemins ténébreux, ce sont des créatures assoiffées de sang qui d’ordinaire se cachent dans des cryptes et qui émergent au crépuscule, pour s’attaquer à de pauvres âmes… 🧛 Là s’arrête le folklore littéraire, place à l’archéologie ! 😁

Dans le village de Luzino (nord-est de la Pologne, près de Gdansk), des ouvriers ont mis à jour (lors de travaux d’agrandissement d’une voie près d’une église) les vestiges d’un cimetière datant du 19e siècle. L’équipe d’archéologues dirigée par Maciej Stromski, qui s’est dépêchée sur place, a découvert 450 restes humains, interprétés comme étant ceux de « vampires ».

Pourquoi « vampires » ? Parce que chaque cadavre avait été décapité, avec le crâne placé entre les jambes, et avec une pièce de monnaie (dont l’une datait de 1846) introduite dans la bouche (la monnaie étant interprétée comme une offrande pour voyager vers l’au-delà). Ces pratiques funéraires auraient été utilisées comme des mesures de « prévention », afin d’empêcher les morts de revenir dans le monde des vivants et de les terroriser.

L’archéologue Maciej Stromski a indiqué que ces pratiques « anti-vampires » étaient largement utilisées à cette époque en Cachoubie (nord-est de la Pologne). Pour faire vite, les Cachoubes constituent un sous-groupe ethno-linguistique au sein du groupe des Slaves de l’Ouest, leur zone d’implantation géographique est située en Poméranie, dans le nord de la Pologne, leur existence est attestée dans l’historiographie dès le 13e siècle et une partie du folklore et de la culture cachoubes demeurent encore vivante de nos jours.

Revenons à nos « vampires », le docteur Stromski a également précisé que les décapitations post mortem sont rares, ainsi, cette trouvaille archéologique de plusieurs centaines de spécimens apparaît tout à fait exceptionnelle. Pour l’archéologue polonais, il existerait une explication à cette profusion : les membres de la famille d’un « vampire » mort qui décédaient peu de temps après les funérailles dudit « vampire », pouvaient également être des vampires, d’où tous ces cadavres « traités » contre la malédiction vampirique.

Et toujours selon le Dr Stromski, environ 30% des squelettes découverts sur ce site « ont des briques placées à côté des jambes, des bras et de la tête », une autre méthode pour se protéger des morts-vivants. Car selon le folklore de plusieurs régions de Pologne, les briques détenaient un pouvoir mystérieux contre les vampires. D’une composition spécifique, elles faisaient l’objet d’une sorte d’enchantement magique, et elles pouvaient ainsi servir de barrières spirituelles, confinant les vampires (morts-vivants) à leurs lieux de repos et les empêchant de revenir semer le chaos dans le royaume des vivants.

D’autre part, ce n’est pas la première fois que des « vampires » sont découverts en Pologne : en 2022, à Pień (non loin de Bydgoszcz, dans le centre de la Pologne) a été trouvée une tombe comprenant les restes d’une femme « vampire » clouée au sol avec une faucille sur la gorge et un cadenas attaché au gros orteil de son pied gauche, tout ça dans le but de l’entraver. Voir photo ⬇️

En 2014, six tombes reprenant cet étrange rituel avaient également été mises à jour dans un cimetière du haut moyen-âge à Drawsko, à environ 200 kilomètres de Pień. Marek Polcyn, de l’Université Lakehead au Canada, et Elzbieta Gajda, du musée Czarnkowskiej en Pologne, les avaient exhumées parmi 250 autres sépultures, et leur avaient consacré une étude dans le magazine spécialisé Antiquity. Avant ces six tombes, que les archéologues préfèrent relier à des « démons » – qui pullulaient dans les croyances d’Europe centrale au moyen âge – plutôt qu’à des vampires, d’autres avaient été exhumées dans des cimetières de Pologne, dont les plus anciens remontent jusqu’au 6e siècle. En Slovaquie, en Hongrie, en Autriche, en Roumanie, en Allemagne, de nombreux rituels funéraires « anti-démons » ont également été observés dans des tombes.

Par ailleurs, selon Claude Lecouteux (médiéviste et spécialiste des mythes et croyances populaires), lors d’une interview en 2016 (pour Sciences et Avenir), la faucille, présente dans beaucoup de ces tombes, avait un double usage. Les Slaves croyaient en effet que des objets en fer durs et pointus, destinés à « sabrer » ou à « poignarder », détenaient des vertus « apotropaïques », c’est-à-dire destinées à détourner le danger.

Concernant les plus vieilles tombes de vampires, celles du haut moyen-âge, Christopher Caes, professeur de polonais à l’Université de Columbia et spécialiste des « vampires slaves », possède une théorie.

Pour lui, certaines des premières croyances entourant les vampires seraient apparues suite à la conversion des peuples slaves au christianisme, entre le 7e et le 9e siècle. Avant le christianisme, les Slaves incinéraient principalement leurs morts, croyant que l’âme d’une personne ne serait libérée qu’avec la combustion de son corps. Lorsque les missionnaires les ont convertis, la nouvelle pratique d’enterrer les morts en aurait horrifié certains. Ils auraient eu peur que les âmes de leurs proches ne soient pas libérées. Les trouvailles archéologiques nous montrent en effet une explosion d’inhumations aux 7e et 8e siècles dans lesquelles une pierre est placée sur les corps pour maintenir les morts. On y constate également d’autres pratiques telles que mettre des objets dans des tombes afin d’apaiser les morts. Dans un sens, pour le professeur Caes, les premières pratiques « anti-vampires » auraient été une sorte d’accident, une conséquence imprévue dans la révolution culturelle (et cultuelle) imposée aux Slaves païens.

D’autre part, visant l’interprétation des pratiques plus récentes de « dévampirisation », celles notamment sur ces centaines de cadavres datant du 19e, le « vampire » correspondrait à une personne atteinte de turberculose. Les symptômes de la tuberculose, tels que la peau pâle, des crachats de sang et une apparence émaciée, ressemblaient aux attributs des vampires dans le folklore. Les personnes décédées par tuberculose auraient été souvent considérées comme étant mortes de la « malédiction du vampire ».

Enfin, à propos des tombes de Drawsko (avec faucilles), une autre hypothèse avait été émise : les personnes étiquetées comme « vampires » auraient pu être les premières victimes des épidémies de choléra. Lesley Gregoricka, première auteure d’une étude parue en 2014 dans Plos One, écrivait : « Les gens de la période post-médiévale ne comprenaient pas comment les maladies se propageaient, et non éclairés par une explication scientifique au sujet de ces épidémies, le choléra et les décès qui en résultaient étaient expliqués par le surnaturel – dans ce cas, les vampires. »

Ainsi, toutes ces découvertes archéologiques, si elles ne confirment bien évidemment pas l’existence des vampires, confirment par contre celle d’une peur viscérale des morts et de leur retour parmi les vivants…

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#focus #archéologie

Sources : https://www.sciencesetavenir.fr/…/une-nouvelle-tombe-de… ; https://nypost.com/…/headless-vampire-remains…/ ; https://www.smithsonianmag.com/…/deviant-burials…/ ; https://www.ancient-origins.net/…/vampire-burial-0018614